Non Seb, je ne crois pas que c'est ce qu'il faille retirer de ces posts.
Je pense que le jazz est une sorte de prolongement du blues ou plutôt que le blues peut se prolonger par le jazz, assez naturellement.
Le blues est une base musicale monumentale et il a été interprété merveilleusement par tous les musiciens que tu as cités, c'est indéniable.
Ce que je retire de ce qui a été dit, et qui est mon opinion, c'est que pour un musicien lambda, rester sur le blues et tourner autour de cela uniquement c'est quelque part se limiter musicalement.
Le jazz ouvre des portes immenses par sa richesse harmonique, et permet de ce fait de s'exprimer de manière exponentielle. Et ce n'est pas renier le blues que de mettre un pied dans le jazz, au contraire.
La grille du blues reste ce qu'il y a de plus joué dans le jazz, et aujourd'hui il est fréquent de retrouver au moins un blues dans l'album de je ne sais quel musicien de jazz, même les plus grands. Et ce n'est pas réducteur pour ces gens là de jouer du blues, puisque les grilles sont tellement enrichies que deux blues ne se ressemblent pas.
Du coup, ce qui est difficile pour les musiciens qui sont allés plus loin, c'est de revenir "en arrière" sur trois accords en douze mesures.
Bien sûr pour eux et à tes yeux Seb, elle est loin l'âme du bluesman originel avec son chapeau et sa gratte, qui balance grave sur un tempo à 50.
Mais ces mecs là, ils ont déjà tout fait sur ces trois accords. Ils ont été pompés , repompés, et on retrouve toujours ces même phrases dont on ne sait plus qui en sont les inventeurs, et finalement, quand tu es musicien et que tu te mets à apprendre un instrument, tu retombes fatalement là-dessus et essaie de reproduire ces phrases, forcément moins bien que leurs pères.
Et on en vient à jouer toujours la même chose, et quoi qu'il arrive , dans n'importe quel morceau, on va la balancer cette gamme blues avec son fameux chromatisme entre la quarte et la quinte...
Ca passe toujours très bien, le public est content, on sait la faire vite en plus...
Et puis arrive le jour où on se dit qu'on a envie d'aller un peu plus loin, en jouant ce blues de je ne sais qui où il met deux trois accords en plus à la fin, et qui sonnent pas mal....un anatole dites-vous ? Tiens, interessant...
Et après t'es foutu. T'as gouté à l'anatole dans le blues, c'est déjà plus le même, et tu fais un truc en plus que tes potes musicos du groupe ne connaissaient pas.
Tu cherches les gammes qui vont avec, ça sonne différemment, et c'est chouette. Après, plus question de rejouer les trois accords, t'en a dèja deux de plus.
Puis en décortiquant, tu t'aperçois qu'il est bien cet anatole, surtout ce 2-5-1 qui te rappelle des tas de morceaux que t'as entendus...ah oui, Autumn Leaves..euh non....All the things you are...oui ces deux là...ben je vais essayer, puisque c'est les même que dans mon blues mais dans plusieurs tonalités.
Et là t'es encore plus foutu, parce que la gamme de blues, celle que tu maitrises de 50 à 250 à la noire les doigts dans le nez en buvant un café, et ben ça sonne pas terrible.... Il faut trouver mieux, parce qu'il y a beaucoup plus d'accords et ça sonne un peu creux...alors tu essaies de bosser, tu rentres des trucs sympas...mais bon sang, cette gamme blues, l'automatisme, celle qui a fait vibrer du monde des centaines de fois sur ces blues endiablés ou ces rocks déchainés...et ben tu as dfe plus en plus de mal à la piffrer, et tu essaies de t'en débarrasser par tout les moyens.
Galère....Et moi j'en suis là.
Après, les années passent, et à mon avis les Autumn leaves et All the Things, c'est du gateau, la gammes blues est un vieux souvenir, et tu es navré de voir ce guitariste en concert dans le bar du coin qui ne connait que celle là, alors que toi tu es en train d'explorer Giant Steps, où tu trouves que la gamme par ton sonne pas mal à tel endroit...
Et quelques années encore après, après avoir accompagné Stan Getz, Toots Thielemans et j'en passe...tu trouves que le blues c'est sympa trois minutes , mais un peu chiant parce que c'est toujours pareil.
Là tu t'appelles Bruno, et on ne peut pas t'en vouloir de penser ça....
